21 mai 2026

« J’ai seulement fait mon travail ». Monde normo-pensant, banalité du Mal, et suivre son Âme

Nous subissons tous ces petites agressions au quotidien, tant et si bien que nous en venons à les considérer comme un élément normal de la vie :

  • Les démarcheurs téléphoniques qui peuvent nous appeler parfois plusieurs fois par jour, tant et si bien qu’on a pris l’habitude de ne plus répondre aux numéros que l’on ne connait pas, ou bien on a installé un système qui détecte plus ou moins bien ce genre d’appels.

  • Les publicités envahissantes dans la rue ou sur certains sites, qui jouent sur nos bas instincts, nos peurs ou cherchent simplement à saturer notre espace cognitif pour que, éventuellement, le jour où l’on souhaite acheter un produit particulier, ce soit celui auquel on a été continuellement exposé qui nous revienne en tête.

  • Le fonctionnaire qui nous met en difficulté économique ou nous pousse dans une série de démarches administratives absurdes où rien ne semble fonctionner correctement pour des situations en apparence simples, parfois par simple erreur que personne ne semble en mesure d’assumer.

  • Le manager qui nous fait des demandes absurdes, déconnectées du terrain, ou nous met la pression pour compenser des décisions qui ont été prises plus haut et qui ont pour conséquence que certains secteurs de l’entreprise ne peuvent plus fonctionner correctement.

  • Le SMS suspect qui nous demande de cliquer sur un lien puis d’envoyer nos coordonnées bancaires pour résoudre un problème administratif ou judiciaire qui n’existe pas, ou parce qu’il y aurait un souci avec notre compte Netflix qui fonctionne pourtant très bien.

Tout ça n’est que la partie la plus immergée de l’iceberg, un iceberg qui représente toutes ces petites trahisons que nous tous, collectivement, nous effectuons tous les jours contre notre Âme.

Le trauma collectif et la banalité du Mal

Certains parleront de prédation, d’égoïsme, de domination, de lutte des classes ou peu importe. Je crois que c’est passer à côté de ce qui se joue vraiment.

L’accumulation de ces petites trahisons, et ses conséquences, représentent ce que l’on pourrait nommer le trauma collectif de l’humanité, ou même, si l’on veut aller plus loin, le trauma collectif existentiel, que l’on peut subdiviser en autant de traumas plus locaux, jusqu’aux traumas individuels, voire intra-individuels.

Dieu, en quelque sorte, pour s’incarner, doit se manger et se digérer lui-même, continuellement. C’est à ce prix seulement qu’il peut changer régulièrement de forme, et maintenir en place le jeu existentiel. C’est au fond cela, l’origine du trauma existentiel. Chez l’humain, cela prend juste une forme particulière, et chez l’humain moderne, dans des sociétés complexes, cela se traduit par la déconnexion des conséquences de nos actes, et la fragmentation des organisations.

Dans des cas plus extrêmes, cela a pu donner lieu à des crimes de guerre, et des crimes contre l’humanité. Et ce qui est le plus terrible avec ces évènements, c’est que les actes ne sont jamais aussi ignobles que lorsque plus personne ne peut être responsable.

C’est ce qui a poussé Hannah Arendt, autrice de l’essai « Les Origines du totalitarisme » à créer le concept de « banalité du mal », notamment après avoir étudié le cas d’Adolf Eichmann lors des procès de Nuremberg.

On attribue parfois faussement à ce fonctionnaire du Reich la phrase « je voulais juste que les trains arrivent à l’heure », là où il était plutôt question de « faire son travail » et « suivre les ordres ». Cependant, cette phrase rend assez bien compte de l’état d’esprit général du personnage, mais aussi de celui de nombreux fonctionnaires dans des régimes autoritaires : les actes sont dissociés de la responsabilité. Dans certains environnements, un tel comportement sera plutôt justifié par la nécessité de préserver l’ordre et de respecter la hiérarchie. Ca a notamment été le cas lors de l’affaire Dreyfus, où de nombreux militaires ont tu des faits qui auraient permis d’établir l’innocence de l’officier Dreyfus pour éviter de déstabiliser l’armée française. Dans d’autres environnements, plutôt liés au monde de l’entreprise, ce sera plutôt la nécessité qui sera invoquée, la priorité des intérêts personnels sur le collectif, ou la responsabilité du client. Dans d’autres encore, ce sera le respect de la sensibilité des individus ou du groupe.

Mais tout cela converge vers un principe fondamental : le refoulement d’une part lumineuse en soi qui rejette ces actes, ainsi qu’un vécu fondamental de séparation entre l’expérience individuelle et le destin collectif.

Et rien de plus ces derniers temps ne m’a donné cette impression que de regarder quelques vidéos de la chaîne Youtube secondaire d’Aldo Sterone, où il donne des conseils pour s’en sortir dans les environnements de travail toxiques :

https://www.youtube.com/@AldoSteroneQA

J’aurais du mal à renvoyer vers une vidéo particulière parce que tout tourne globalement toujours autour des mêmes thématiques. Mais si l’on se réfère encore une fois à la spirale dynamique, disons que nous avons un discours désabusé et cynique (il revendique lui-même son cynisme) d’un Orange mature qui semble ne pas réussir à trouver le chemin vers Vert. L’on pourrait résumer sa position ainsi :

  • Dans une entreprise, personne n’est vraiment au service des intérêts de l’entreprise, chacun travaille « pour sa gueule » (je cite).

  • Ne sois pas idéaliste, ou tu finiras exploité et broyé par le système et tu feras des burn-outs à répétition. Sois cynique.

  • La compétence n’est jamais récompensée. Au mieux, tes supérieurs profiteront de l’opportunité en te laissant là ou tu es plutôt que de te mettre à un poste de direction, au pire, tu génèreras de la jalousie ou sera vu comme une menace.

  • Ce qui permet vraiment de monter dans la hiérarchie, c’est lécher le cul des supérieurs et accepter de faire le sale boulot, notamment en agissant contre les intérêts du bas de l’échelle.

C’est assez résumé, mais globalement je ne pense pas avoir trop déformé le propos. Et ce qui est assez fascinant, c’est que d’un côté, Aldo Sterone est dans une attitude de dénonciation réelle, mais de l’autre, il valide aussi le système par « pragmatisme », en donnant des conseils qui ont comme effet indirect de l’entretenir. Les choses fonctionnent comme ça, donc il faut l’accepter et s’y adapter, en attendant que, peut-être, la situation évolue. Mais son discours n’est pas très optimiste.

S’oublier pour se sauver, systémique de la déresponsabilisation

Je crois que c’est sans doute ce que je trouve le plus fascinant lorsque j’observe ce qui dysfonctionne autour de moi : il existe un mécanisme de défense, souvent d’ailleurs partiellement conscient, qui pousse la plupart des gens à ne pas se poser trop de questions, à ne pas chercher trop loin, et à considérer que ce qui ne les touche pas directement ne les concerne pas. La peur et les objectifs de survie à court terme passent avant des considérations d’ordre spirituel dont la plupart des gens sentent pourtant au moins en partie le poids. Le démarcheur téléphonique se coupe des conséquences de son harcèlement téléphonique sur autrui, ainsi que de la violence des réactions des personnes appelées : il faut bien travailler, et ce n’est pas lui qui décide de ce qu’il doit faire dans son boulot. Celui qui travaille pour une entreprise peu éthique évite de trop s’intéresser à l’impact sur le monde de celle-ci, ou considère que cela ne relève pas de sa responsabilité, mais de celle des dirigeants. Ceux qui travaillent dans des abattoirs se déconnectent de ce qu’ils font réellement. Les violences sur les animaux deviennent un acte mécanique. Les différents échelons se renvoient la balle, et même les chefs, PDG, dirigeants politiques, rois, et ainsi de suite, qui sont supposés incarner la responsabilité ultime pour le collectif, et qui sont souvent désignés lorsque les choses tournent mal comme les seuls responsables, se dédouanent eux-mêmes :

  • Ils ont fait de la « realpolitik ».

  • Ce sont leurs subordonnés qui ont été incompétents.

  • Ils n’ont fait que donner au peuple ce qu’il voulait.

  • Mentir et manipuler est nécessaire pour remplir ce genre de fonctions.

Et ainsi de suite…

En fait, nombre de nos systèmes actuels ne sont pas absurdes parce qu’ils sont idiots, mais parce qu’ils sont divisés, splittés. Au fond, tout le monde est d’accord pour dire que le système fonctionne mal. Tout le monde est d’accord pour le dénoncer. Mais pourtant, tout le monde fait tourner le système malgré tout. Le Mal semble apparaître spontanément, sans responsables. Et certaines expériences de pensée, comme le dilemme des prisonniers, ou les travaux en théorie des jeux, nous montrent qu’il existe de nombreuses situations où une configuration collective plus favorable pourrait avantager tout le monde, mais chacun a trop à perdre individuellement pour être le premier à initier le changement.

Il est à noter aussi que ce mécanisme est fractal : c’est toujours le même problème à toutes les échelles. Les divisions dans les entreprises, où des décisions absurdes sont prises, qui menacent la survie économique à long terme de l’entreprise et le bien être des salariés, ne sont que des isomorphies de ce qui se passe à l’intérieur du psychisme même des individus. Ce que cela veut dire, c’est que les structures générales sont identiques. Un individu atteint d’un trouble psychologique vit une divergence d’intérêts et un conflit entre les différentes parts de sa psyché, qui est tout à fait comparable aux conflits qui peuvent avoir lieu entre les différents échelons de la hiérarchie d’une entreprise, ou ses différents secteurs. Encore plus fort : les splits intrapsychiques chez un individu ont tendance à se traduire en splits dans les organisations dans lesquels il travaille, et inversement. Il y a contagion, non seulement spatiale, mais aussi multi-échelles. Edgar Morin aurait pu parler d’interactions hologrammatiques.

Se reconnecter à son âme, ou l’impossibilité pas si impossible

Chiune Sugihara est en quelque sorte l’anti Adolf Eichmann.

Ce diplomate, surnommé le « Schindler japonais », a, du 16 juillet au 3 Août 1940, délivré à des juifs fuyant l’Holocauste plus de 2200 visas pour la Japon, en dépit des ordres de sa hiérarchie, et en exploitant une faille administrative. Ironiquement, il semble que la lourdeur même de l’administration ait en grande partie protégée toute l’opération, même si, plusieurs années plus tard, cet évènement aura des conséquences sur la suite de sa carrière. Il est estimé qu’il a ainsi sauvé environ 6000 juifs.

Un article sur Sugihara et l'adaptation de son histoire au cinéma

Sa page Wikipédia

Il semble qu’au fond, accepter de désobéir était la seule réelle difficulté. D’ailleurs, et je vais me permettre de copier Wikipédia, voici comment Sugihara justifiera ses actes :

En 1985, 45 ans après l'invasion soviétique de la Lituanie, il lui est demandé les motifs de délivrance des visas aux Juifs. Sugihara explique alors que les réfugiés étaient des êtres humains, et que son aide était simplement nécessaire :

Vous voulez connaître ma motivation, n'est-ce pas ? Bien. C'est le genre de sentiments que n'importe qui aurait quand il verrait des réfugiés face à face, implorant les larmes aux yeux. Il ne peut tout simplement pas s'empêcher de sympathiser avec eux. Parmi les réfugiés, il y avait des personnes âgées et des femmes. Ils étaient si désespérés qu'ils sont allés jusqu'à embrasser mes chaussures. Oui, j'ai été témoin de telles scènes de mes propres yeux. Aussi, j'ai senti à l'époque que le gouvernement japonais n'avait pas d'opinion uniforme à Tokyo. Certains chefs militaires japonais avaient juste peur à cause de la pression des nazis ; tandis que d'autres fonctionnaires du ministère de l'Intérieur étaient simplement ambivalents. Les gens à Tokyo n'étaient pas unis. J'ai trouvé idiot de m'occuper d'eux. Alors, j'ai décidé de ne pas attendre leur réponse. Je savais que quelqu'un se plaindrait sûrement de moi à l'avenir. Mais, j'ai moi-même pensé que ce serait la bonne chose à faire. Il n'y a rien de mal à sauver la vie de nombreuses personnes ... L'esprit d'humanité, la philanthropie ... l'amitié de bon voisinage ... avec cet esprit, je me suis aventuré à faire ce que j'ai fait, confronté à cette situation des plus difficiles - et pour cette raison, je suis allé de l'avant avec un courage redoublé.

Et ce qui est le plus intéressant dans cette situation, c’est l’idée que ses supérieurs, ceux qui lui ont refusé (par trois fois) la possibilité de délivrer ces visas, étaient, selon l’avis de Sugihara en tout cas, eux-mêmes pris dans un jeu d’allégeances et dans la peur de la désobéissance. Dans un contexte moins dramatique mais bien plus récent, peut-être que cela permet aussi d’expliquer la mollesse avec laquelle de nombreuses personnes pouvaient contrôler les passes sanitaires pendant la crise du Coronavirus, à tel point que j’ai pu me servir à de nombreuses reprises d’un passe qui n’était pas à mon nom sans jamais avoir le moindre problème, alors qu’il aurait été extrêmement facile de vérifier. Même l’âge affiché ne collait pas très bien, il aurait été possible de soupçonner un problème sans même me demander de sortir ma carte d’identité.

Bref, ce qui ressemble à un problème systémique insoluble, à un dilemme de prisonnier morbide, s’effondre soudain comme un château de cartes, simplement parce qu’une personne, à un moment, décide de sortir de la peur et de suivre son âme, qu’elle en ait d’ailleurs conscience ou non. Le résultat immédiat, c’est 6000 personnes sauvées, une démission forcée sept ans plus tard qui lui a occasionné quelques galères, et la reconnaissance en tant que héros sur la fin de sa vie. Pas d’exécution publique, rien de tout ça. Et c’est surtout des descendants de ces personnes sauvées qui viennent encore aujourd’hui poster sous les vidéos qui parlent de cet homme pour témoigner du fait qu’elles existent probablement grâce à lui.

L’atypique est-il simplement celui qui a plus de mal à s’aveugler ?

C’est quelque chose, je crois, qui m’a rendu malade toute ma vie, et qui continue encore de me travailler aujourd’hui. Comment autant de personnes peuvent voir tout ce qui se passe et choisir de continuer comme si de rien n’était ? D’où vient cette capacité fascinante à fermer les yeux ? La société entière semble malade d’une sorte de paresse spirituelle, que les expériences de Milgram illustrent d’une façon tragique : https://www.youtube.com/watch?v=7Vy1Cg5O5Pc

Je vois cette capacité se manifester de cinq façons qui relèvent de cinq rationalisations :

  • Le déni par réduction de conscience : banaliser le problème jusqu’à ce qu’il ne soit même plus une donnée pour le système nerveux. Ca devient normal, évident, inévitable, pour ne pas dire inexistant dans le champ des préoccupations.

  • La confiance aveugle et la naïveté extrême : les décideurs sont forcément bons et savent ce qu’ils font, même si tout montre que leurs demandes sont absurdes et perverses et ne créent que de la souffrance. Il doit y avoir une bonne raison, bonne raison qui est hors de portée d’un esprit trop simple comme le nôtre.

  • Le blindage émotionnel : l’horreur est reconnue, mais la maturité consiste à accepter ce qui est, et à ne pas la laisser nous toucher. Avec suffisamment de conditionnement, certains, dans des contextes historiques terribles, se sont rendus capables d’exécuter des prisonniers à la chaîne de façon mécanique, sans plus ressentir affectivement la portée de leurs actes, même s’ils savaient très bien ce qu’ils faisaient.

  • La déresponsabilisation : Je ne suis pas celui qui agit, je ne suis que le bras d’une puissance externe qui elle seule est en mesure de répondre de cette décision.

  • L’impuissance : Je n’ai pas la moindre capacité de changer quoi que ce soit à la situation, donc autant l’accepter.

Tout système pervers (famille contrôlante, entreprise toxique, état autoritaire…) aura intérêt à appuyer sur les cinq leviers, pour s’assurer de créer une organisation parfaitement splittée, c'est-à-dire parfaitement efficiente pour faire à la chaîne ce que personne n’accepterait de faire individuellement.

Il semble cependant que certains individus tendent à résister plus facilement à ces mécanismes que d’autres. Milgram le notait d’ailleurs dans ses expériences. Ces individus pourront souvent être vus comme étranges, atypiques, fouteurs de merde, incapables de comprendre les codes sociaux, immatures ou œuvrant contre leurs propres intérêts. On pourra leur reprocher un goût absurde pour la droiture et l’honnêteté qui ne peut être que le signe d’une incompétence sociale, un besoin de précision et une recherche d’explication qui démontre un esprit rigide et obsessionnel sur des « détails insignifiants », ou un idéalisme bisounours qui montre bien qu’ils n’ont jamais grandis.

De là à se demander si de nombreuses étiquettes collées sur certains profils ne sont pas simplement les rationalisations d’un système apeuré qui refuse de regarder sa propre Ombre, et préfère la renvoyer sur une minorité d’individus avec un accès plus naturel, pour une raison ou une autre, à leur Âme, il n’y a qu’un pas, qu’avec le temps, je suis de plus en plus tenté de franchir.

Même si évidemment, tout atypique est aussi capable de se mettre en état agentique, ou d'utiliser des raisonnements tordus pour justifier tout et n'importe quoi.

Fort heureusement, il existe aussi des rôles socialement reconnus pour « ceux qui voient clair », même si à un autre niveau, ils ne sont aussi qu’une autre étape de la rationalisation. Ce sont les lanceurs d’alertes, pionniers, héros, sages… Et dès lors que quelqu’un commence à agir depuis l’élan de son Âme, il est un peu plus facile pour la personne suivante de faire de même.

Car, fondamentalement, personne ne peut être définitivement coupé de son Âme. Et notre Âme est précisément la part de nous même qui reste reliée à notre incarnation tout en étant la plus connectée au grand Tout. Elle œuvre en quelque sorte comme un pont entre le Champ Nouménal et le Niveau Phénoménal de l’existence, c'est-à-dire le niveau de l’expérience incarnée.

C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de gens ont un accès privilégié à leur âme dans des « espaces liminaux » de la conscience : états modifiés, intuitions, rêves, écriture automatique, expériences de mort imminente…

Et vous, quelle décision simple mais courageuse vous pourriez prendre dès maintenant pour tout changer ?

Une part de vous connait déjà la réponse. Laissez-là s’exprimer !