Nouveau cycle civilisationnel de l'humanité, en cours d'émergence. La Seconde Boucle est un terme issu des travaux de Clare Graves sur l'Emergent Cyclical Levels of Existence Theory, ayant plus tard donné la [Spirale Dynamique](/lexique#Spirale Dynamique) . La définition précise de cette Seconde Boucle ou même son existence sont encore sujets à débat dans les communautés de praticiens de la Spirale Dynamique, même si, de mon côté, je n'ai aucun doute sur la pertinence de cette notion.
La première boucle représente pour l'espèce humaine un saut quantique majeur par rapport au reste du monde vivant, amorcé par une explosion de la complexité symbolique ayant abouti à la création des cultures et donc à un type d'intelligence collective tout à fait inédit. Cette nouvelle capacité a progressivement permis à l'espèce humaine d'habiter presque toutes les niches écologiques, d'exploiter et de dominer la nature à son profit.
Le principal avantage de cette faculté, c'est la capacité de transmettre les expériences vécues pas un individu à d'autres, et même de conserver la mémoire de ces expériences par delà la mort des individus les ayant vécues, même si la conservation ne peut évidemment jamais être parfaite. Le développement civilisationnel qui s'en est suivi a progressivement permis aux êtres humains de passer de la survie à la sécurité, puis de la sécurité à l'autonomie.
Les principaux besoins individuels ayant été comblés, l'être humain se rend compte alors que sa domination en apparence totale de l'écosystème planétaire devient une menace pour lui-même, car à l'échelle collective, il se comporte toujours comme une espèce invasive, malgré sa sophistication. Dans les écosystèmes, les équilibres sont maintenus via la spécialisation de la faune et de la flore, et les rapports de force entre les différentes fonctions assurées par les espèces. il en émerge une intelligence collective du vivant, même si aucun individu ne possède une conscience directe du système extrêmement complexe auquel il contribue, et qu'il cherche simplement à assurer sa survie et à satisfaire ses besoins.
Dans le cas de l'espèce humaine, cet équilibre a été rompu, en tout cas en apparence. N'ayant plus de prédateurs naturels, et étant capable d'exploiter une grande diversité de ressources et de s'adapter, la pression de l'espèce humaine sur l'écosystème planétaire n'a fait que s'accroître, avec le risque de plus en plus clair et imminent de dépasser les capacités de résilience de cet écosystème.
La suite logique serait l'exploration spatiale et la création d'une civilisation humaine interplanétaire, mais cela représente un défi technologique largement au delà de nos capacités actuelles. Il est très vraisemblable que ce rêve reste durablement hors de notre portée si les limites planétaires génèrent des crises à répétition et empêchent la suite de notre développement.
Face à cette impasse, quatre scénarios se profilent, que l'on peut analyser avec la grille de la spirale dynamique :
— L'effondrement : Nous nous faisons réguler par l'ecosystème planétaire, par incapacité de maintenir des formes d'organisation complexes et nécessitant de grands apports en énergie. Les civilisations disparaissent, c'est un retour massif pour l'espèce humaine au niveau Rouge, ou en dessous. La population mondiale diminue fortement, et les hommes vivent à nouveau en clans ou tribus. Dans les scénarios les plus pessimistes, l'espèce humaine pourrait s'éteindre, et les règles habituelles de la vie reprendraient leur cours.
— La stagnation : L'humanité se stabilise progressivement entre les niveaux Bleu et Orange. Le Bleu permet de maintenir l'ordre social malgré les pénuries, et l'Orange de continuer à innover pour trouver de nouvelles technologies afin d'exploiter de nouvelles ressources. Cela permet uniquement de compenser la raréfaction des ressources déjà exploitées et la dégradation des écosystèmes. Le monde sera probablement très inégalitaire et ressemblera beaucoup à une dystopie cyberpunk, et nos modes de vie seront peu sains. Mais au moins, nous continuerons à bénéficier d'un certain confort matériel et des apports de la civilisation.
— La sobriété heureuse : L'humanité se stabilise progressivement entre les niveaux Orange et Vert, et entame une décroissance économique progressive. Le Orange permet de continuer à faire fonctionner les infrastructures modernes et d'assurer une logistique qui empêche la flambée des prix. Le Vert permet d'assurer un mode de vie aussi agréable que possible malgré la récession économique, en faisant « mieux avec moins», notamment via la pratique du low-tech, et en mettant en avant d'autres valeurs que la recherche d'accumulation matérielle, comme le bien-être et la qualité relationnelle, pour donner du sens à sa vie. Les systèmes de valeur Orange et Vert s'accusent mutuellement de l'état actuel des choses, mais restent dépendants l'un de l'autre pour maintenir une situation supportable et éviter d'entrer dans le scénario cyberpunk de la stagnation. Il s'agit probablement du scénario le plus instable, et sur le long terme, il pourrait dériver vers la stagnation, ou vers le scénario de la Civilisation Synergétique.
— La Civilisation Synergétique : Il s'agit du seul scénario où l'humanité parvient à franchir la Seconde Boucle. L'humanité effectue un saut à la fois technologique et spirituel considérable. Pour la première fois, elle parvient à sortir de statut d'espèce invasive pour devenir une régulatrice consciente des écosystèmes, capable d'utiliser d'user de sa domination sur le reste du monde vivant avec bienveillance et responsabilité. Ce monde là devrait beaucoup ressembler aux utopies Solarpunk. L'opposition entre nature et culture, ou entre nature et technologie, est dépassée et transcendée. La technologie s'harmonise naturellement avec les règles et cycles naturels, notamment via la maitrise généralisée des sciences de la complexité et des technologies intelligentes et autonomes. L'intelligence collective holomidale devient la nouvelle norme à l'échelle civilisationnelle.
Voici les principales caractéristiques qui semblent émerger en ce qui concerne la Seconde boucle. Il est à noter que la Seconde Boucle ne désigne pas seulement le niveau jaune de la Spirale Dynamique, mais doit dans l'idéal décrire la dynamique générale des cinq niveaux qui suivent aussi. La plupart des ces niveaux étant encore très spéculatifs ou même probablement inexistants sur notre planète, la démarche est à prendre avec des pincettes :
— La seconde boucle se base sur le fonctionnement synergique et même symbiotique conscient et généralisé. Niveau après niveau, elle permet une progression vers une maîtrise collective de plus en plus complète du chaos, ce qui représente sa grande thématique. L'humanité cherche à développer l'émergence de structures complexes de plus en plus larges, qui finissent véritablement par avoir une existence autonome.
— Au niveau psycho-spirituel, l'être humain acquière une compréhension avancée de ses ombres et de son ego, et s'ouvre aux dimensions transpersonnelles de l'existence. Il n'est plus identifié à sa personnalité, à son contexte immédiat et à ses peurs, mais à ce que certaines spiritualités nomment « l'Observateur ». Les guerres, la prédation et les jeux de domination disparaissent d'une façon quasi totale sous la forme dans laquelle nous les connaissons actuellement. Ce gain de sagesse et d'humilité permet à chacun de trouver naturellement sa juste place dans des dynamiques complexes et mouvantes, afin de s'inscrire dans l'intelligence collective humaine, puis dans celle de l'existence en général.
— Au niveau technologique, la complexité est largement maîtrisée et automatisée, notamment via l'IA qui devient absolument omniprésente. Notre technologie se met à ressembler de plus en plus à une nouvelle forme de vie artificielle, parfaitement intégrée dans les écosystèmes. Même nos habitations pourraient être conçues avec des matériaux « vivants ».
— Au niveau culturel, l'être humain se vit au service de la diversification et de l'interconnexion des différentes dimensions de l'existence, à travers son expérience individuelle. La vie sociale vise la coopération et l'exploration du champ infini des possibles.
— Au niveau artistique, les œuvres permettent d'accéder à des expériences transformatrices, et facilitent la capacité à « sortir de soi-même » et à se connecter à d'autres niveaux d'attention.