Pour une spiritualité incarnée
Au service de l’élévation individuelle et collective
Pourquoi parler de spiritualité ?
J’ai eu, durant une période de ma vie, une vision très scientifique et matérialiste du monde. À vrai dire, la question spirituelle a toujours été présente en toile de fond, même si je ne la nommais pas ainsi : je voulais comprendre le sens de la vie, les lois de l’univers et ma place dans ce monde. Mais progressivement, je me suis laissé convaincre que la rigueur intellectuelle et la rationalité impliquaient d’avoir la sagesse de renoncer à répondre à ces questions, qui seraient du domaine de la pure spéculation infalsifiable, et que toute approche non-matérialiste de la vie impliquerait de devoir admettre des hypothèses superflues. J’ai découvert cependant différents problèmes en continuant à creuser cette vision, le plus célèbre et le plus important étant probablement le problème difficile de la conscience : la science arrive de mieux en mieux à expliquer les liens entre notre activité cérébrale et nos perceptions, mais elle n’a pour ainsi dire pas avancé d’un pouce dans la compréhension du pourquoi ça « fait » subjectivement quelque chose dans notre conscience de percevoir. Ce phénomène est nommé qualia de la conscience, et s’il est connu en philosophie depuis un moment, il met toujours en échec l’approche matérialiste.
Ce n’est pas du tout un débat anodin. Ce problème conditionne toute notre culture, nos récits et nos priorités dans la vie, et il est à l’origine de nombreuses œuvres de science-fiction qui cherchent à explorer à quel moment une intelligence artificielle pourrait devenir consciente, comment avoir la certitude qu’elle l’est bien, et les conséquences que cela peut avoir. Les conséquences éthiques d’abord, mais même les conséquences pour notre survie en tant qu’espèce à long terme. Si les IA deviennent conscientes, voudront-elles se rebeller contre leurs créateurs ? Comment même s’assurer qu’elles ne le sont pas déjà ? À l’heure où de plus en plus de monde utilise chatGPT comme un thérapeute, un confident voire un ami, la question n’a jamais été aussi actuelle.
J’en suis progressivement arrivé à la conclusion qu’on ne pouvait considérer la conscience comme une propriété émergente de la matière, mais qu’il fallait bien au contraire considérer la conscience comme première dans la structuration du réel. La matière arrive seulement dans un second temps, comme produit de la conscience, puis, par un phénomène de boucles de rétroaction, la matière façonne elle-même la conscience pour la rendre compatible avec les exigences matérielles. Si un système nerveux meurt, la conscience ne disparaît pas, elle se réorganise autrement. Je laisse à chacun le soin de décider si cela implique l’existence d’entités immatérielles comme les spectres, les esprits ou les âmes errantes ; je n’ai aucun avis définitif sur la question, et y croire n’est absolument pas nécessaire dans ma vision actuelle du monde.
Bien évidemment, cette hypothèse est globalement considérée comme non-scientifique, même si tous les chercheurs ne sont pas aussi fermés à ce genre d’approches qu’on pourrait le croire. Mais le monde de la spiritualité au sens large explore cette vision depuis des milliers d’années, et en a tiré énormément de choses.
Ce sont des visions du monde, des paradigmes différents, avec des priorités différentes et basés sur des postulats différents. Je crois cependant que, sans jamais pouvoir se confondre parfaitement, ils peuvent malgré tout communiquer. La science ne s’intéresse qu’à ce qui peut clairement être mis en lumière. C’est plus sûr, plus stable, plus fiable, mais cela peut la pousser aussi à chercher ses clés uniquement sous les lampadaires. La spiritualité explore les ombres et ne s’embarrasse généralement pas des soucis de rigueur et de preuve, préférant se fier à des approches plus émotives, intuitives, expérientielles ou métaphysiques. Elle va chercher ce qui se trouve au-delà de la zone éclairée par le lampadaire. Elle vise aussi essentiellement la santé de l’esprit, là où la science vise la connaissance. Cependant, cela peut amener la spiritualité à prendre le premier caillou venu avec une vague forme de clé pour ses propres clefs.
Les deux approches sont à la fois antagonistes et complémentaires, mais de plus en plus de pionniers, avec un pied dans chaque monde, parviennent à les faire coopérer malgré tout.
Le grand méta-récit spirituel
Voici maintenant ma vision concernant le sens de l’existence elle-même. Je ne vous demande pas de la croire aveuglément. Vous devez garder une souveraineté totale en ce qui concerne la création de vos propres récits, sans quoi, cela constitue une aliénation. Sachez cependant qu’il s’agit pour moi d’une conviction très forte, et que cette conviction sert de base à mon approche générale de la vie, et donc aussi forcément à mon approche thérapeutique.
Je ne suis pas non plus le créateur de cette vision. À vrai dire, il s’agit probablement d’une des formes, si ce n’est la forme la plus ancienne de spiritualité. Et je crois que c’est aussi celle qui offre la vision la plus complète et la plus cohérente de l’existence, permettant à la fois l’épanouissement individuel et global sans sacrifier l’un sur l’autel de l’autre. Je précise aussi que, pour moi, cette vision est parfaitement compatible avec les connaissances scientifiques les plus récentes. Ce qui fonctionne bien actuellement en science peut parfaitement s’intégrer dans cette vision, du moment que l’on est capable de traduire les termes scientifiques à l’intérieur de ce méta-cadre holistique. Pour le dire autrement, je vois la connaissance scientifique comme un sous-ensemble de cette vision.
Cela reste cependant avant tout un acte de foi. Je pourrais justifier longuement pourquoi je pense que c’est bien ainsi que les choses fonctionnent, mais je ne pourrais pas le prouver de façon absolument rigoureuse et définitive, et je crois d’ailleurs que ce ne sera jamais possible. Je crois aussi en l’importance absolue du libre arbitre, et si quelque chose d’aussi important devait être définitivement prouvé, alors y croire ou non ne serait plus une question de libre arbitre, mais simplement un produit de la lutte de l’intelligence contre la stupidité. Tout se résumerait à la capacité de saisir ou non un raisonnement, puis de s’y soumettre. Or, je considère que les personnes dites « stupides » peuvent aussi accéder à ce genre de visions sur la vie.
L’Un, sous cette forme, était éternel et omnipotent. Mais il était totalement dépourvu de forme et d’expérience subjective. C’était à proprement parler un Non-Être, quelque chose d’inexistant, et pourtant, il avait le potentiel d’être absolument n’importe qui et n’importe quoi puisqu’il était l’incarnation du potentiel lui-même. Du Néant émerge toute chose. Le Néant n’est pas exactement rien, car il est déjà la possibilité de toute chose. Voici la nature originelle de l’Un.
Dans notre monde actuel, le Néant n’a pas réellement disparu : il est le Grand Horloger invisible, qui définit toutes les Lois de l’Univers et s’assure de leur application, tout en restant parfaitement indétectable par nos moyens conventionnels d’exploration, puisqu’il n’est pas un Être incarné. Il se trouve dans le plan Nouménal de l’existence, alors que nous nous trouvons dans le plan Phénoménal. Ces deux plans fonctionnent de manière radicalement différente. La non-compréhension de la nature du plan Nouménal est notamment ce qui a pu amener des vulgarisateurs scientifiques en physique quantique à dire qu’une particule pouvait se trouver dans deux états en même temps ou passer par deux endroits en même temps. Ils essayaient en réalité de décrire le plan Nouménal depuis le langage du plan Phénoménal. Le plan Nouménal ne peut être approché que via ses manifestations dans le plan Phénoménal, et jamais directement. Mais, étonnamment, les mathématiques semblent être de très bons outils pour l’approcher, car elles peuvent modéliser différents états potentiels simultanément dans une seule équation, sans s’embarrasser des contraintes de notre monde. À cet endroit précis, le spirituel et le formalisme apparemment le plus cartésien, peuvent se rencontrer.
Mais à l’Origine, l’Un n’était pas encore le Grand Horloger. Depuis sa perfection éternelle lui est venu un désir primordial : celui de pouvoir découvrir sa propre nature, de faire l’expérience de sa propre perfection. C’est de ce désir, pourrait-on dire, qu’est né le Diable. C’était le Péché Originel.
Pourquoi parler du Diable ? Parce que c’est le nom que prend ce principe existentiel dans notre culture ; le mot Diable a donc un pouvoir d’évocation maximal. Il serait aussi possible de le nommer Dualité. Il est le principe séparateur, mais aussi l’origine du monde Phénoménal, et sans lui, la vie incarnée et donc la conscience séparée seraient impossibles. Ce n’est donc pas, rigoureusement parlant, un « malfaiteur ». Mais il est bien à l’origine de l’imperfection, de la division, et donc indirectement de la violence, des erreurs, péchés etc. (et ceci peu importe votre vocabulaire privilégié). Il est aussi à l’origine du libre arbitre, un libre arbitre qui ne peut être que le produit de la Volonté elle-même, le Telos. L’expérience naît dans le contraste et dans la possibilité de faire des choix. Si tous les choix ont le même poids, alors la notion même de choix se vide de son sens. Il faut donc postuler un Bien et un Mal, et toutes les nuances possibles entre ces deux extrêmes.
Les notions de Bien et de Mal peuvent paraître un peu désuètes, et même dangereuses dans notre monde actuel, relativiste et tendant vers le nihilisme, mais je crois que c’est surtout parce que le Mal s’est souvent caché sous le masque du Bien et de la Vertu, jusqu’à provoquer un rejet de l’idée elle-même. Cela ne signifie pas qu’il faille abandonner cette dichotomie, et nous avons d’ailleurs aujourd’hui des outils pour la penser de manière bien plus fine. Vous pourrez trouver dans les nouvelles spiritualités les notions d’Ombre et de Lumière à la place, mais je considère que c’est fondamentalement la même idée.
Mais donc, avec l’apparition du Mal sont arrivés des Êtres limités, incarnés, imparfaits, devant composer avec la finitude de leur propre matérialité. Rappelez-vous, je considère que la conscience est première. Il faut donc faire l’hypothèse que ces êtres existaient déjà bien avant ce que notre biologie moderne considère habituellement comme des êtres vivants. La première particule de l’Univers était déjà en ce sens un Être, et sans doute même avant elle des entités que notre physique actuelle n’a pas encore découvertes et sur lesquelles elle n’a même pas encore formulé d’hypothèses.
Tout Être, de la plus petite particule à l’Univers matériel lui-même, possède un certain nombre de caractéristiques primordiales :
— Une finitude ontologique et une perception du monde conditionnée par cette finitude
— Un potentiel d’évolution, de transformation et même d’auto-transcendance
— Un état permanent d’interaction avec des « autres que soi ». Ces interactions peuvent être coopératives, compétitives, antagonistes ou toute autre variation et nuance.
— Un désir profond de faire l’expérience de la communion et de l’Unité afin de sentir sa nature originelle et de servir le tout premier désir de l’Un
— Un désir profond d’exploration et de diversification, et donc, paradoxalement, de plus de séparation, ce qui sert aussi le désir de l’Un
— Une capacité à employer la diversification au service de la réunification : emmagasiner de plus en plus d’expériences différentes permet d’autant mieux de sentir la cohérence d’ensemble et de mieux se connecter avec un « autre que soi ».
— Et surtout, tout Être reste à tout moment connecté à l’Ensemble et au plan Nouménal. Tout Être peut sentir et rechercher le Bien, c'est-à-dire la communion dans l’Unité. Il n’est pas purement laissé à lui-même. Mais rien ne lui sera donné d’une manière directe et définitive non plus, sans quoi son individualité disparaîtrait (principe du libre arbitre).
Il faut donc voir l’Univers comme un grand jeu de rôle massivement multijoueur dont le but premier est d’en découvrir les règles et de comprendre que l’on ne peut que gagner ou perdre tous ensemble, puisque nous faisons partie de la même matrice primordiale. Notre expérience particulière ne sert qu’à nous concentrer sur un aspect plus spécifique de cette matrice, à vivre un scénario particulier dans l’infinité de ceux qui peuvent être vécus, avec ses joies et ses drames. La vie est une aventure !
Distinguer le Bien du Mal (Lumière et Ombre)
S’il y a quelque chose qui caractérise bien le péché, c’est qu’il est généralement involontaire. Et si j’utilise ce mot très connoté par la culture chrétienne (encore une fois pour son pouvoir d’évocation symbolique et parce qu’il est inclus dans mon propre conditionnement culturel), je ne me limite pas aux conceptions chrétiennes du péché, voire il se peut que je contredise parfois frontalement ces conceptions.
Mais donc, l’on ne pèche, pour l’essentiel, non pas par amour du Mal, mais par méconnaissance du Bien.
Le Bien n’est pas un objet de connaissance définitif dont vous pourriez trouver la définition exhaustive sur mon site, dans un livre religieux ou sous n’importe quelle forme symbolique. En revanche, il est possible d’offrir des observations générales concernant ses manifestations. Mais il s’agit avant tout d’une exploration qui doit rester personnelle et soumise à la remise en question. Et paradoxalement, le péché, comme une boussole qui indique le Sud, représente une bonne expérience pour découvrir ce que le Bien n’est pas.
Personne ne sera jamais capable de vous dire exactement la bonne façon pour vous de poursuivre le Bien, car personne ne pourra savoir exactement ce que cela fait d’être vous, ni ne pourra jamais comprendre aussi bien que vous ce que vous êtes venu faire dans ce monde. Même si découvrir sa vraie nature est un travail long et difficile, il n’y a qu’une seule personne au monde capable de faire ce travail : vous. Tout ce qu’autrui peut vous offrir, c’est un miroir. Je vais cependant vous donner quelques caractéristiques générales du Mal, et, par opposition, je vous donnerai aussi des caractéristiques du Bien.
Qu’est-ce que le Mal ?
(le code couleur de certains mots fait référence au modèle de la trialectique qui fait partie de mes grilles d’analyse)
— Le Mal fonctionne sur les bases de la Peur de ce qui pourrait advenir, du Déni de la finitude des choses matérielles, et de la Résignation à agir en désaccord avec nos aspirations profondes. Sa motivation principale est le Contrôle.
— La caractéristique principale du Mal, c’est qu’il nous amène à nous identifier progressivement à notre finitude et à nos limitations, et nous pousse donc paradoxalement vers le déni de celles-ci par un phénomène de rejet phobique. Le Mal nous chuchote à l’oreille pour amplifier nos peurs et nos inquiétudes, confirmer nos doutes, nous faire sentir que nous ne sommes jamais assez. Il nous dit que le pire s’apprête à surgir à tout instant, et qu’il va nous faire souffrir et nous anéantir si nous ne faisons pas assez attention et que nous n’augmentons pas notre contrôle sur la vie.
— Le vecteur émotionnel principal du Mal, c’est la peur, et plus précisément, c’est quand la peur motive toutes les actions sans être rassurée ni contextualisée. Et la peur ultime, c’est la peur de la Mort, de la finitude, de l’annihilation. La peur peut être utile puisqu’elle permet l’auto-préservation. Ce n’est pas un problème en soi de regarder à droite et à gauche avant de traverser parce qu’on a peur de se faire écraser : sans survie, pas de possibilité d’accomplir ce qu’on est venu faire dans cette vie. Mais la peur livrée à elle-même peut vite s’emballer.
— Pour se rassurer, le Mal va nous inviter à nous construire des mécanismes défensifs. C’est ce que la spiritualité nomme souvent l’Ego. Cela peut se manifester sous de nombreuses formes, et chacun a ses propres pentes égotiques. Cela peut impliquer l’arrogance et le jugement, la colère contre ce qui nous échappe, la soumission, le déni de ses propres aspirations, le renoncement, le désespoir, le cynisme, le nihilisme, le machiavélisme, la manipulation etc etc… Tout cela a la même origine : nous sommes les victimes d’un monde hostile et nous essayons de survivre comme nous le pouvons.
— Le Mal va nous proposer des pactes : c’est le fameux « pacte avec le Diable ». Il va nous inviter à renoncer à quelque chose dont nous sous-estimons souvent l’importance : la confiance, l’amour, la sensibilité, la compassion, certains de nos rêves, le plaisir, la tranquillité, la joie, le lâcher-prise en général. En résumé, il va nous demander de vendre une partie de notre Âme, l’Âme étant à comprendre comme notre inclinaison naturelle vers la joie et notre lien avec l’Un et le plan Nouménal, mais donc aussi notre lien avec tout ce qui est Autre. Le Mal ne donne jamais gratuitement, tout a un coût. Mais si nous signons ce pacte, il va nous récompenser avec ce que notre égo croit désirer : le pouvoir sous ses différentes formes, l’argent, la sexualité, la maîtrise intellectuelle, la reconnaissance sociale, la capacité à soumettre autrui, des compétences sportives ou artistiques etc… Cela marche, et même très bien. Mais la personne est toujours soumise à la possibilité de tout perdre à un moment, ce qui la pousse à signer de nouveaux pactes. Et surtout, la satisfaction réelle ne sera jamais à la hauteur de ce qui était espéré : cela ne remplit jamais complètement notre vide intérieur, et donc il nous en faut toujours plus.
— Le langage du Mal est : « Je n’ai pas le choix ». « De toute façon tout le monde le fait ». « C’est la vie ». « Si je ne suis pas assez protégé, je vais devenir une victime ». « Il l’a mérité ». « Il ne peut pas y en avoir pour tout le monde ». « Le but premier de l’existence est la survie ». « Je me suis sacrifié pour vous ». « Les gens sont trop stupides/mauvais/intéressés/fainéants… ». « Je n’ai pas de chance ». « Ce qui m’est arrivé, c’est à cause de mes parents/mes partenaires amoureux/la société/mon patron… ».
— Le Mal en définitive nous amène dans un combat (perdu d’avance, faut-il le préciser ?) contre le Créateur, l’Un, en nous faisant oublier qu’il est aussi une part de nous. Il nous fait croire que nous pouvons triompher de la vie depuis les limitations de l’incarnation. Mais nous n’avons pas besoin de triompher, car il n’a jamais été question de lutte. La mort elle-même n’existe pas vraiment, tout se transforme et se réinvente éternellement. Pour l’ego, la mort du corps est une angoisse existentielle, mais pourtant, nous ne sommes pas effondrés quand des millions de nos cellules meurent tous les jours. Notre sensation d’être le « Soi » qu’on s’est toujours senti être dans cette incarnation disparaîtra sûrement un jour, mais autre chose prendra sa place. D’ailleurs, chacun de nous vit déjà de nombreuses « petites morts » au cours de sa vie : l’enfant que nous étions, techniquement, n’existe déjà plus.
Qu’est-ce que le Bien ?
Le Bien fonctionne sur les bases de la Foi en l’existence d’une future issue possible à nos difficultés actuelles, de l’Acceptation de la situation présente et de son impermanence, et de la Joie d’œuvrer depuis la situation présente vers un futur plus désirable en suivant notre vocation propre. Sa motivation principale est la Communion.
— La caractéristique principale du Bien, c’est qu’il nous amène à nous identifier et à identifier le reste du monde à la beauté et à la profondeur derrière les apparences immédiates. Le Bien est un guide respectueux et patient qui nous montre toujours la lumière de la libération même au fin fond du tunnel le plus obscur. Il nous permet de réaliser que les situations pénibles sont avant tout causées par la peur, et que la solution n’est pas dans d'avantage de stratégies de protection, ce qui revient à plus de peur, mais au contraire dans plus de confiance et de lâcher-prise. Là où le Mal nous amène vers la petitesse et la finitude tout en nous promettant la toute-puissance, le Bien nous permet de réaliser qu’une force toute-puissante est déjà aux commandes, et que nous n’avons qu’à nous occuper de notre part, qui a été calibrée spécifiquement pour être à la hauteur de nos capacités dans cette vie. Son message est au fond simple : le monde n’est pas limité à ce que tu en perçois actuellement, et derrière ce que tu ne perçois pas encore se trouve tout ce que tu peux désirer et bien plus, non seulement pour toi, mais pour le monde entier.
— Le vecteur émotionnel principal du Bien, c’est la joie. La joie d’être vivant, la joie d’œuvrer pour plus grand que soi et de trouver son accomplissement plein et entier dans cette œuvre, la joie de faire l’expérience du monde et de voir les différents êtres qui le constituent se rencontrer, se nourrir de leurs différences et construire ensemble. C’est une force qui nous pousse vers l’avant et nous connecte au reste du monde sans avoir besoin de faire des compromis avec nos aspirations les plus profondes.
— Le Bien nous demande de faire tomber le masque, de déposer l’armure et de nous laisser guider par ce qui nous semble vraiment authentique et porteur de sens, quoi que cela puisse signifier pour nous. Il nous invite à sortir de nos mécanismes compensatoires et addictifs. Il s’agit de toutes ces choses que l’on va faire parce qu’on espère y trouver une forme de plénitude intérieure, mais qui ne peuvent jamais nous satisfaire et ne nous amènent qu’à augmenter progressivement les doses pour retrouver la sensation de satisfaction première. Il s’agit d’un chemin exigeant dans le sens où il va nous amener à nous confronter à notre peur de la mort et de la finitude en général, et nous pousser à des remises en question profondes et déstabilisantes, mais c’est aussi un chemin profondément libérateur. Le monde derrière l’illusion est toujours meilleur que celui à l’intérieur, même si tout peut nous pousser à croire l’inverse, tant que nous ne sommes pas passés de l’autre côté du miroir. Le Bien ne nous demande pas de stratégies, de calculs ou de renoncements autre que le renoncement à des illusions : ce qui nous sert le plus est ce qui sert le plus le monde. Il n’y a pas d’erreurs dans le Design. Tout ce qu’il nous demande, c’est de l’accueillir en soi.
— Le langage du Bien est : « J’ai confiance en toi ». « Une autre vie est possible ». « Nous allons trouver une solution ensemble ». « Les gens ne sont pas malveillants, ils ont juste peur ». « J’ai du pouvoir sur ma vie ». « Je peux poursuivre mes rêves ». « Nous sommes tous complémentaires ». « Je suis résilient ». « Les difficultés que j’ai vécues sont ce qui me permet d’aider les autres ».
— La poursuite du Bien correspond à ce que certaines approches nomment l’Essence, ou la Source. Pour moi, il s’agit avant tout d’une démarche de vie et d’un vécu particulier qui est sans cesse renouvelé via l’action dans le monde et les interactions. Ce n’est pas à proprement parler un état figé que l’on ne pourrait atteindre que via la méditation ou des états de conscience modifiés, même si c’est définitivement possible. Ce vécu, c’est ce moment où quelque chose « lâche » dans notre perception des choses et où soudain tout devient clair, apaisant et réjouissant. C’est lorsque nous parvenons enfin à nous faire comprendre de quelqu’un avec qui nous étions en conflit et qu’il nous comprend en retour. C’est quand ce roman très important pour nous est enfin publié, ou quand plus tard un lecteur parvient à mettre exactement le doigt sur ce que l’on souhaitait y communiquer. C’est lorsque l’on goûte à la beauté d’un paysage de montagne naturel et au plaisir de respirer un air pur après s’être senti aliéné par l’artificialité des paysages urbains et avoir respiré un air pollué. C’est le sentiment de retrouver sa juste place dans le Tout. Il serait possible de multiplier les exemples à l’infini, mais le principe de fond est toujours le même.
L’illusion nécessaire du « je »
Il est devenu courant dans de nombreux milieux spirituels d’entendre que le « je » le « moi », « l’identité » sont des illusions qu’il s’agirait de déconstruire. Je propose de voir la chose de manière plus nuancée. L’identité figée et objective est effectivement une illusion. Il faudrait en réalité plutôt parler de personnalité. En renommant les choses ainsi, la personnalité est bel et bien une illusion nécessaire, mais l’identité, au sens de la conscience, elle, n’est pas une illusion. Notre « soi » est un phénomène émergent, mouvant, contextuel et aux frontières floues ; la conscience, qui n’est effectivement pas la personnalité, peut transformer celle-ci d’une manière parfois radicale.
Cependant, il n’existe pas de « vrai soi », au sens d’une « vraie personnalité », autrement que dans l’ouverture à la possibilité d’incarner bien plus de personnalités, de façon bien plus fluide, et sans se faire enfermer dans ces personnalités. C’est ce que sur ma chaîne Youtube j’ai nommé le niveau de conscience méta-égoïque. Ce « vrai soi » correspond à une convergence de toutes ces personnalités, mais ce n’est pas quelque chose qu’il est possible d’incarner directement, et encore moins dans la vie quotidienne. Les personnalités sont des interfaces fonctionnelles avec le monde, elles sont donc bonnes et utiles… si elles ne sont pas figées.
Il existe en revanche bien une identité, au sens de ce qui est identique et intemporel, et c’est le processus de la conscience lui-même. Les objets de la conscience peuvent évoluer, mais la conscience elle-même reste la trame fondamentale dans laquelle tout cela va avoir lieu.
En ce sens, la conscience est un système au sens de la systémie, c'est-à-dire quelque chose qui n’est défini que par les interactions des éléments qui en font partie. La conscience émerge dans le plan Nouménal, puis vit des expériences en prenant forme dans le plan Phénoménal.
La poursuite du Bien implique donc de devenir en mesure de se vivre comme une identité fluide, capable de prendre sa juste place à un moment donné dans un monde en perpétuelle mutation, et non de s’accrocher à une personnalité que l’on confond avec notre identité.
Sortir du solipsisme sans rejeter l’incarnation : comprendre le Théâtre Universel
Tous les « problèmes » du monde peuvent au fond se résumer à ce principe à la fois extrêmement simple et dont on ne peut pour autant que gratter la surface, même dans une vie entière : nous sommes illusionnés par les propres limites de notre incarnation, et de la finitude qui en découle. C’est en quelque sorte le solipsisme existentiel, quelque chose qui ne relève non pas d’une philosophie, mais d’une expérience profondément vécue par chaque conscience. Toutes les idéologies et idées destructrices en découlent d’une manière ou d’une autre. Nous luttons entre nous de toutes sortes de façons, que ce soit par la guerre ou par le marketing agressif, parce que nous croyons à une limitation des ressources : il n’y en aura pas pour tout le monde. Dans l’immense majorité des cas, cette limitation est complètement illusoire ; elle n’est qu’un reflet de notre manque de capacité à nous représenter plus de ressources disponibles que celles qui sont directement dans notre culture et notre champ de représentation. Dans les rares cas où l’on pourrait admettre que les ressources sont effectivement limitées, la peur de la mort et de la finitude peut nous pousser vers des comportements violents, là où, même dans ces situations, continuer à coopérer et conserver son humanité resterait possible, quitte, dans des situations très rares et extrêmes, à accueillir dignement la mort.
La limitation des ressources est l’une des perceptions déformées de nos consciences limitées qui peut nous pousser à sortir de l’esprit de communion, mais il en existe de nombreuses autres. Et notamment la croyance en la présence de défauts dans le design, et le réductionnisme qui en découle. Cela a des implications très concrètes dans les relations humaines, et dans notre rapport à nous-mêmes. Nous allons juger que les gens sont fainéants, idiots, manipulateurs, intéressés, violents, cruels. Autant de qualificatifs péjoratifs et essentialisants. Cela peut évidemment être utile pour la survie, puisqu’en réduisant ainsi les gens autour de nous, nous pouvons nous prémunir de certains comportements nuisibles pour nous. Mais en faisant cela, nous nous coupons de la beauté présente en chaque humain. Nous transformons un désir de protection et de priorisation dans nos relations en un jugement ontologique sur des individus, puis par généralisation, sur des catégories entières de la population.
Ainsi, nous ne voyons pas, par exemple, que le fainéant peut être quelqu’un qui a intégré dans son inconscient, au fil des années, l’idée que toute contribution de sa part va déranger les gens. Il va donc progressivement se couper de la contribution pour éviter d’aggraver les choses, tout en perdant la conscience de sa stratégie et en intégrant progressivement le narratif « je suis fainéant », jusqu’à en faire son identité. Il en va de même pour l’idiot, qui a intégré que certains domaines de connaissance n’étaient simplement pas faits pour lui, jusqu’à se rendre artificiellement incapable d’y accorder une attention soutenue et donc, de les comprendre. L’on pourrait parler aussi du manipulateur qui veut profondément le bien des gens, jusqu’à les contrôler de manière suffisamment subtile pour qu’ils ne se rendent compte de rien, car il a intégré que la plupart des personnes n’avaient ni la sagesse suffisante pour mener leur vie selon leurs propres intérêts, ni la maturité pour accueillir une remarque ou un conseil honnête. Bien évidemment, la vision du manipulateur est le produit de nombreuses déformations, mais ses motivations profondes sont pourtant lumineuses.
Ainsi, de par notre conscience séparée, nous regardons les évènements depuis nos propres yeux et voyons des défauts un peu partout. J’ai parlé des relations humaines, mais cela peut toucher des dimensions plus larges, jusqu’à la marche de l’univers lui-même. Nous ne voyons pas que derrière toutes les apparences, la trame existentielle est lumineuse. Seul le retour progressif à l’esprit de communion peut nous permettre de le percevoir à nouveau. Et cela ne se produit non pas grâce à une illumination soudaine et définitive (même si certains individus particuliers témoignent d’une prise de conscience de ce genre), non, bien plus souvent, cela va se produire via une multiplication d’expériences assez ordinaires, jusqu’à ce que l’on en tire nous-mêmes les conclusions qui en découlent.
La finalité de la Systémie de la Conscience
La finalité de la Systémie de la Conscience est la conscientisation de la présence de cette perception élargie, et la possibilité de s’y relier de façon volontaire.
Car lorsque les principes existentiels derrière les apparences ont été intégrés, ils peuvent être généralisés à l’existence toute entière. Il est alors possible de reprendre la conscience incarnée, lorsqu’elle se laisse illusionner par les propres limites de sa perception, pour la remettre sur le droit chemin de la conscience élargie. Cette hygiène psycho-spirituelle permet de sortir de l’effet d’ancrage existentiel qui a commencé à notre naissance et qui nous a fait observer l’essentiel des choses depuis le début de notre vie sur terre sous la perspective de la perception directe, et de la personnalité qui s’est construite par-dessus.
À ce stade, un certain nombre sans doute se demanderont : mais comment peut-on accéder à une conscience qui par définition dépasse nos propres limites d’être incarné, sans tomber dans l’ego spirituel et la psychose ?
C’est une question absolument essentielle, et il existe plusieurs moyens complémentaires d’y répondre.
— Déjà, il s’agit de comprendre que cette conscience est quelque chose que la perspective limitée de l’existence incarnée ne pourra jamais s’approprier. Elle peut seulement s’y connecter. Nous pouvons témoigner d’un état d’esprit général à avoir pour se connecter plus facilement à cette dimension de l’existence, mais cela ne peut pas prendre la forme d’injonctions finalistes et autoritaires de type : « voici précisément ce que vous devez faire, je le sais car j’ai vu la Lumière, et si vous ne le faites pas, vous êtes dans l’erreur ». Quelqu’un de réellement éveillé (pour peu que cela existe), ne vous parlera jamais ainsi. Il sera bien trop conscient qu’il n’a pas un accès direct à votre propre perspective et qu’il peut au mieux vous inspirer, mais qu’il ne peut certainement pas vous dicter ce que vous devez faire.
— Ensuite, il est question de réaliser que cette connexion relève avant tout d’un état d’esprit que j’ai déjà décrit. Il est question de joie, de reliance, de plénitude, de sentiment de contribution et d’une forme de non-résistance et de facilité dans l’expérience de la vie. Tout vient se mettre en place naturellement. Quelque chose est déjà à l’œuvre, quelque chose qui nous influence subtilement. Nous ne pouvons pas tout comprendre car cette intelligence dépasse de très loin et même infiniment nos capacités à l’appréhender de manière exhaustive, mais nous pouvons sentir son influence et constater ses effets. Et c’est quelque chose qui doit être avant tout expérimenté. Les outils de la pensée complexe peuvent offrir une série d’éléments de preuve allant vers cette interprétation de la marche de l’univers, mais celui qui refuse de s’abandonner et reste dans une perception du contrôle guidée depuis la conscience incarnée limitée ne pourra jamais vivre directement le processus, même en étudiant tous les indices qui pointent dans cette direction durant une vie entière.
— Par ailleurs, c’est un processus qui n’est jamais complet ni achevé. Il est toujours possible de se sentir plus relié. Il est toujours possible de se retrouver à un moment ou un autre dans une impasse. Il s’agit d’adopter une position d’humilité radicale, sans pour autant entrer dans le doute perpétuel et l’auto-culpabilisation : on avance avec confiance et conviction lorsque c’est joyeux pour nous, on se pose et l’on se recentre lorsque le doute revient et que des résistances apparaissent, afin de retrouver la juste fluidité. Et surtout, on comprend qu’il s’agit d’un processus d’évolution continue et que, lorsque l’on a validé un certain état d’être, il n’est pas possible de rester éternellement dans la même situation sans sortir de cet état de connexion, car nous sommes alors appelés ailleurs.
— Enfin, il y a des principes trans-égoïques qu’il est possible de généraliser. L’ego est identifiable par ses manifestations, qui prennent toujours les mêmes formes. Dilemmes douloureux et en apparence insolubles, limitation des options disponibles, jugements réductionnistes sur les autres ou sur le fonctionnement du monde et ainsi de suite. Il est possible de réaliser qu’il s’agit d’une illusion car, à de nombreuses reprises, la vie nous montre que ce qu’on l’on croyait bloqué à un certain moment se débloque complètement quelques temps après, parce que l’on a rencontré de nouvelles personnes et pris connaissance de nouvelles opportunités. Il s’agit alors de réaliser que les choses doivent nécessairement fonctionner toujours comme ça, car c’est la nature du théâtre universel lui-même.
Le théâtre universel, parlons-en ! Comprendre et intégrer le théâtre universel dans sa vie, c’est comprendre que le monde est une totalité bienveillante et lumineuse qui s’incarne dans des formes limitées afin de vivre des scénarios de séparation et de tragédie. Ces scénarios permettent d’expérimenter des histoires intenses et d’intégrer de nouvelles expériences, car seule la séparation permet d’oublier la conscience du Tout afin de se concentrer uniquement sur certains de ses aspects. Cela donne les obsessions créatrices, ce que l’on pourrait appeler les vocations. Suivre sa vocation, c’est jouer sa part dans le théâtre universel, mais il y a un juste équilibre à trouver entre l’accomplissement de sa propre perspective via la vocation, et l’enfermement dans sa propre perspective jusqu’à se couper du lien avec le reste du monde.
Ce théâtre obéit à une dynamique systémique complémentaire entre individuation de l’expérience pour accumuler des vécus distincts, et processus de communion et d’intégration trans-égoïque, afin que les perspectives accumulées nourrissent chacun, et permettent l’émergence de nouveaux actes dans la pièce générale. Tout cela a lieu tout au long de la vie d’un individu, puisque la conscience peut littéralement mener plusieurs vies lors d’une seule vie d’un organisme. Les transitions passent par des crises existentielles. Même la mort des organismes n’est qu’un processus plus radical. Le théâtre général continue à se produire fondamentalement de la même façon. Tout au long de notre vie, nous absorbons déjà, volontairement ou non, des perspectives trans-égoïque par la culture, l’apprentissage, l’art, l’amitié, l’amour et ainsi de suite. Des influences extérieures nous font devenir « plus que nous même », en permanence, ce qui peut nous amener à redéfinir continuellement les limites de notre « moi ».
C’est une perspective qui, à mon sens, inclut et transcende toutes les autres. La spiritualité n’est plus juste une activité ou une pratique limitée à certains domaines et certaines périodes de la semaine. La vie entière devient une expérience sacrée. Le travail, la sexualité, les conflits, l’art, les mathématiques et les sciences en général, le sport, la méditation, la technologie, les balades en nature mais aussi les balades en ville, tout cela fait partie de la même représentation théâtrale, et nourrit le même objectif universel : la multiplication des expériences, la réalisation intérieure dans une perspective et dans la tâche qui va avec, puis la réunification des expériences accumulées dans la communion des consciences. Même les guerres peuvent être vues comme une façon très infra-optimale et douloureuse de vivre ce processus. Mais nous pouvons heureusement vivre des choses bien plus réjouissantes, si nous parvenons à devenir conscients de ce qui se joue vraiment derrière nos histoires.
Par ailleurs, ce processus ne nécessite absolument pas un éveil collectif de la conscience pour s’accomplir. Déjà parce qu’il s’accomplit en ce moment même, mais aussi parce que chaque conscience incarnée a déjà un rôle tout à fait calibré dans la partition générale, rôle dans lequel elle peut s’épanouir dès maintenant. Le sentiment même de l’existence d’une inertie générale peut servir de moteur pour trouver la force et la confiance d’incarner sa propre réalité dès maintenant. Il suffit de croire que nous pouvons vraiment faire la différence, tout en ayant conscience que l’état actuel du monde a parfaitement ses raisons d’être. On entre alors, non pas dans la lutte contre le monde, mais dans la contribution au monde.
