Je scrollais sur Facebook, et je suis tombé sur ce post que vous allez lire juste après et qui traite de l’épuisement et de la souffrance de son autrice dans sa relation avec les hommes et dans les relations hétérosexuelles en général. Ce post a eu beaucoup de succès, bien plus que les posts habituels sur le compte qui l’avait publié. Je ne connaissais pas la personne et je ne donnerais pas son nom (même si en cherchant vous pouvez sans doute la retrouver), et le message en lui-même ressemblait à beaucoup de choses que j’avais déjà pu lire. Mais cependant, il m’a touché quand même et m’a donné envie de reparler de sujets autour de la guerre des sexes. J’ai d’ailleurs un article très délicat sur les mécanismes systémiques derrière le viol qui devrait sortir juste après celui-ci. Et ce qui est difficile avec ces sujets, c’est que l’on est toujours en train de manipuler de la nitroglycérine en allant déterrer des choses liées à des traumatismes qui peuvent être extrêmement lourds.
Alors je pourrais toujours me dire que je n’ai pas à m’autocensurer, que la critique génère de l’audience, et que je ne force personne à lire. Mais j’ai envie de porter un message qui puisse avoir un pouvoir performatif réel sur le monde, en étant capable d’apporter de véritables réalisations et un véritable apaisement. Je n’ai pas envie, au nom de grands principes (la Vérité contre le politiquement correct, par exemple), de simplement soulager ma biologie et d’entretenir des chambres d’écho, même si certains diraient que c’est bon pour le business.
Au départ, je pensais faire comme d’habitude : montrer les différents aspects de la situation, les deux faces de la pièce, et espérer que, magiquement, mes explications puissent ouvrir un espace de compréhension, et en définitive de soulagement, dans un cœur meurtri. J’en arrive aujourd’hui à la conclusion que ce processus est un fantasme. Un cœur meurtri est quasiment incapable de s’ouvrir à quoi que ce soit s’il n’a pas déjà été accueilli inconditionnellement dans sa réalité propre. Et cette réalité propre, dans son existentialité, est un Absolu. C’est une ontologie. Et aucune autre réalité ne pourra entrer, si la réalité présente n’a pas déjà été digérée pleinement, jusqu’à mourir à elle-même. Car seule la mort permet la renaissance.
À vrai dire, j’ai autour de moi des gens qui se sont spécifiquement exercés pour se forcer à entendre d’autres réalités même lorsque leur cœur est meurtri. Mais ils n’ont pas vraiment appris à soigner ce même cœur meurtri. Du coup, ils donnent l’impression d’avoir intégré le message, mais ils ne sont jamais réellement traversés existentiellement par lui. Au fond, ils s’en dissocient, et le traitent comme une donnée froide et contextuelle, une simple information, qui d’ailleurs n’a pas forcément beaucoup plus de poids que les autres informations. C’est une sorte de « métacognition zombie ».
C’est pourquoi j’essaye maintenant de développer une empathie existentielle radicale, car je crois que c’est seulement à ce prix là qu’il est réellement possible d’accompagner un processus de mort et de renaissance sans provoquer des résistances dans tous les sens, et des effets secondaires, même lorsque le processus a bien eu lieu. Et toute empathie radicale commence par soi-même. C’est pourquoi je vais relire les messages en question, et vous partager au fur et à mesure ce que ça vient toucher en moi, mais aussi activer en moi, au fil de l’eau. Et après, nous verrons ce que je peux dire de constructif sur tout cela. Je vous avoue que je ne sais pas très bien en tapant ces lignes où ce processus va m’amener.
Premier post
Aujourd’hui, je ne sais plus si j’aime les hommes. Je me demande même si un jour je les ai véritablement aimé (je parle dans le sens du couple hétéronormatif). Malheureusement pour moi, ça a mal débuté : déjà enfant c’était pas ok.
Quelque chose déjà de très important me touche dans cette partie. La douleur du vécu, et peut-être aussi la pression sociale, est telle qu’elle vient rendre flou et confus quelque chose qui devrait pourtant, il me semble, être clair et évident, à savoir l’orientation et l’attirance sexuelle. Sans rentrer dans les détails, j’ai vu cette situation toucher, quoique peut-être dans une moindre mesure, des proches. Le « problème » ici, ce n’est pas la possibilité d’une bisexualité ou même d’un lesbianisme refoulé. C’est que l’information n’est pas clairement disponible. L’accès au désir et aux pulsions a été brisé, alors même que c’est généralement très instinctif et spontané, au départ. En ce sens, ce « mal », nommons-le « patriarcat » pourquoi pas, même si je n’aime pas beaucoup ce terme personnellement, vient s’infiltrer jusque dans le ressenti personnel et intime, le rapport de soi à soi, et de façon durable.
J’ai personnellement du mal à me relier à ça spontanément. Je me suis toujours senti au clair sur mon attirance. Cependant, je peux témoigner avoir traversé des phases de ma vie où j’ai vécu moi aussi mon hétérosexualité presque comme une malédiction. Là où les femmes me semblaient quasi inaccessibles, et peut être aussi dangereuses pour mon estime de moi, plusieurs hommes semblaient bien plus disponibles. Ca semblait tellement plus facile, et puis, entre hommes on se comprend. J’étais déjà dans mon esprit suffisamment déconstruit pour pouvoir l’envisager sans avoir l’impression que ça allait remettre en question une masculinité dont de toute façon je me souciais assez peu. Mais voilà, je n’étais pas attiré, tout simplement, et ça n’a donc pas eu lieu.
Les situations ne sont évidemment pas parallèles. Mon malaise concernant mon hétérosexualité n’avait pas du tout la même origine. Cependant, la souffrance associée n’en était pas moins réelle, elle aussi. Et ça a été un parcours sur plusieurs années pour aller détricoter tout ce qui se jouait là-dessous.
Et avant que certains viennent pleurer avec leur “not all men”, économisez-nous votre fragilité.
Cette phrase est violente. Pas seulement parce qu’en tant qu’homme, je me sens évidemment visé (je parle bien de mon ressenti, pas de mon cerveau rationnel capable de comprendre le contexte et de relativiser après coup). Mais aussi parce qu’elle véhicule l’idée que la fragilité serait un problème, en tout cas la fragilité masculine. Or, c’est précisément, à mon sens, le fait que les hommes ne s’autorisent souvent pas la fragilité, qui fait qu’ils n’ont pas d’espace après pour accueillir celle des femmes, et celle en réalité de n’importe qui autour d’eux. Et elle est violente à un troisième niveau, parce que je vois trop de femmes qui, après une prise de conscience féministe, commencent à se blinder, à entrer dans la lutte, simplement pour survivre à toute la violence dont elles prennent conscience, et à tout ce qui remonte et qui avait été refoulé jusque là. Je comprends, mais je vois aussi comment ça détruit progressivement l’âme et la capacité à se relier. Et je sais, je sais bien que l’on se dit que vu la puissance des forces en face, si l’on se laisse aller à la fragilité, au moins dans ce contexte, on va se faire écraser. C’est un drame, véritablement.
Parce que si ce texte vous met sur la défensive au lieu de vous remettre en question, alors vous êtes probablement exactement le problème.
Personne ne se sent confortable dans la situation du bourreau. Et même quand certains l’acceptent, cette haine de soi a des coûts cachés, qui seront d’ailleurs décrits indirectement dans la suite du message. Mais si justement je sors de la position défensive et que j’essaye de me relier, je sens surtout une douleur liée au fait de ne jamais vraiment voir les auteurs de violence réaliser le mal qu’ils font, car s’ils le réalisaient, ils pourraient, peut-être, changer de comportement. On est réellement dans la banalité du mal. C’est d’ailleurs pour essayer de sortir de cette banalité du mal, que des processus comme la justice restaurative ont été créés.
Je suis fatiguée des hommes qui se croient doux parce qu’ils ne frappent pas. Fatiguée des hommes qui pensent être “safe” parce qu’ils lisent deux posts féministes et savent dire le mot consentement entre deux comportements de merde. Des hommes qui se disent conscients et respectueux du féminin « sacré » parce qu’ils font du tantra (les pires). Le patriarcat, ce n’est pas juste des grands discours. C’est des hommes simples qui te coupent quand tu parles. Qui minimisent ton intuition quand tu l’exprime légitimement, parce que « tu exagères ». Qui sexualisent ta vulnérabilité, pour te soumettre doucement au lit puis ailleurs, parce que « tu aimes ça ». Qui utilisent tes blessures comme des armes dès qu’ils sentent qu’ils perdent le contrôle. C’est aussi des mecs « gentils », qui se permettent de t’apprendre la vie ou qui se missionnent à te protéger de tout, même du patriarcat .
Je connais bien les « milieux bienveillants et conscients ». Oui, dès que l’on creuse un peu, c’est très souvent décevant, surtout lorsque l’on a une certaine capacité à observer ce qui se joue entre les lignes, ce qui semble être le cas de l’autrice. Certains de ces « milieux bienveillants » m’ont mis tellement par terre avec toutes les hypocrisies et incohérences que j’ai pu y voir, que j’ai mis des mois, littéralement, à m’en remettre. Nous sommes, encore, dans la banalité du mal. Je pourrais parler du travail de l’Ombre et du retour du refoulé, et des mécanismes systémiques qui expliquent pourquoi la violence vient se réinviter précisément dans les milieux qui se veulent le plus non-violents.
Mais pour le moment, disons que oui, on ne peut soigner des traumatismes collectifs issus de siècles d’histoire (voir même ayant des origines encore plus profondes et existentielles que ça) avec quelques lectures, bonnes intentions et deux ou trois rituels. Et je sais que ça peut paraître terrible d’aller se plonger réellement dans ce constat de la violence tout autour de nous, surtout sans la colère (nous allons y venir), mais depuis un espace d’impuissance et d’abandon réel. C’est pourtant seulement à cet endroit que quelque chose de plus grand que nous peut venir se déposer dans notre cœur et nous donner une force incroyable, douce et pure, quelque chose que nous n’aurions jamais pu imaginer. L’autrice a témoigné dans un autre post avoir vécu une expérience de mort imminente et avoir déjà vécu ce genre de sensations que l’on peut associer à un « éveil ». Je pense qu’elle comprendrait ce que je décris. Je suis désolé aussi si, à travers ces lignes, j’incarne un mec de plus qui apprend la vie à une femme. Disons que dans le contexte de mon travail et de cet article, ça me semble pertinent. J’essaye sincèrement d’aider qui je peux. Mais ça ne change rien à ce qui est vécu.
C’est des hommes qui te poussent jusqu’à l’explosion émotionnelle, puis dans cet état de détresse, t’ignorent avec mépris pour se permettre de dire ensuite : “Tu es toxique, mes potes m’ont dit de te fuir.” Putain, mais évidemment qu’on finit par craquer quand on te fait douter de ta réalité pendant des semaines. Quand on joue avec la domination : jusqu’à te faire mal alors que t’exprime que c’est trop! Quand on te donne tout puis qu’on te prive sans raison, juste par ego? Et non les gars, le gaslighting n’est pas une mauvaise communication. C’est une violence psychologique.
Je crois deviner que dans cette histoire de « jouer avec la domination », il y a une dimension sexuelle. Si c’est bien le cas, c’est grave, et s’il ne s’arrête pas alors que tu demandes, c’est un viol, tout simplement. Et même s’il s’avérait que je surinterprète, tout ça n’est pas du tout anodin pour autant. Il est important de savoir s’écouter, de mettre des stop, voire de mettre fin à la relation avant d’atteindre le point de saturation puis de craquage, qui n’a en soi rien de honteux. Je sais que c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. On enseigne aux femmes à prendre sur elles, jusqu’à ne plus se sentir elles-mêmes, jusqu’à ne même plus savoir quels sont leurs désirs et leur orientation. Et tout ça pour quoi ? Pour que le craquage arrive trois mois plus tard, trois fois plus fort. La biologie a ses limites, on ne peut subir éternellement.
Ceci étant dit, tout cela me paraît ressembler à des patterns assez classiques de relations toxiques avec de l’immaturité émotionnelle, et pour le coup, je vois vraiment des choses très similaires se produire chez les deux sexes, avec évidemment quelques variantes. La réalité c’est qu’une grande partie de la population ne sait pas gérer les relations de façon mature et avec empathie, et oui, les hommes peuvent être particulièrement mauvais à cet exercice puisque pour beaucoup d’entre eux, le simple fait de s’ouvrir à leurs émotions est déjà vécu comme une menace pour leur identité et leur sécurité. Les émotions étant, comme le désir et la sexualité, des ressentis spontanés et instinctifs, il faut imaginer à quel point ils ont eux-mêmes été brisés pour s’en être tant coupés. Dans de nombreuses situations sociales, le coût à payer, pour un homme, lorsqu’il se laisse aller à l’émotivité, peut être énorme. Ca ne justifie rien, surtout pas le fait de rester dans une relation toxique, mais ça permet déjà de comprendre un peu mieux ce qui se produit réellement.
Pour avoir vécu moi-même un certain désespoir concernant les relations amoureuses, voir les relations humaines en général, je sais bien ce que ça fait que de s’intéresser à la psychologie, de percevoir beaucoup de choses, mais de se sentir pour autant impuissant à « soigner » la relation. Et je suis sincèrement désolé. Personnellement, ma solution a été en bonne partie le retrait et l’austérité relationnelle, mais vu qu’avant un stade avancé d’intégration spirituelle, la plupart de nos choix sont inconscients, je me suis persuadé que je n’avais pas beaucoup de succès, là où en réalité, j’étais très sélectif et je créais toutes les conditions pour que rien ou presque ne puisse vraiment se passer autrement. Oui, quand on voit l’état actuel des relations pour la plupart des gens, et en particulier lorsque l’on a vécu soi même plusieurs mauvaises expériences, ça ne donne pas envie. On devient même aigris. Et derrière, il y a des traumatismes. Certains sont liés à l’enfance et aux modèles parentaux dysfonctionnels, d’autres viennent se rajouter via les mauvaises expériences de la vie d’adulte. Ce sont comme des sables mouvants de traumas et de négativité dans lesquels on s’enfonce progressivement. Certains finissent, effectivement, totalement recouverts.
Ce n’est pas “juste maladroit” parce que tu as « du mal à exprimer tes émotions ». À un moment, quand tu sais exactement où appuyer pour faire mal, quand tu prends les traumas, les insécurités, les confidences d’une femme pour les retourner contre elle pendant un conflit, ce n’est plus de l’immaturité. C’est de la perversion.
Ca peut être les deux. Il y a un moment où c’est involontaire. Et il y a un moment où l’intensité du conflit est trop forte, et où ça devient une guerre ouverte et une vengeance. À ce moment là, oui, c’est pervers. Mais ça ne veut pas forcément dire que la personne a menti pour autant. Certains egos préfèrent détruire l’autre pour se protéger, c’est un mécanisme en partie automatique. Pour en sortir, la thérapie est souvent un passage nécessaire, mais beaucoup d’hommes ne veulent pas en faire. C’est trop vulnérabilisant, trop insécurisant, et ça ne nous donne pas raison. Quoi qu’il en soit, j’entends le cri de libération d’une femme qui s’autorise (enfin ?) à voir et à nommer ce qu’elle vit. Ce n’est peut-être pas la première fois, mais ça ne semble pas être un processus naturel non-plus. Et oui, tout cela est réel et légitime.
Je suis aussi fatiguée des hommes qui jouent les sauveurs pour ensuite devenir exactement ce dont il fallait être sauvée. Je les vomis.
Oui, mais est-ce que tu cherchais à être sauvée, ou est-ce que tu l’as simplement laissé jouer son jeu ? Dans le deuxième cas, ça lui appartient. Il faut simplement ne pas jouer. Dans le premier, il y a un risque d’attirer des hommes qui ne sont pas au clair avec leur conscience, et qui prennent le rôle du sauveur pour ne pas voir le bourreau en eux. Et forcément, le « moi je suis différent » semble tentant, surtout lorsqu’il semble sincère. Mais une relation amoureuse ne se construit par sur l'espoir que l’autre ne nous fera pas du mal. Elle se construit sur une attirance réciproque, tout simplement. Plus on cherche « celui qui ne sera pas violent », plus l’amour se transmute en une suite de greenflags à cocher et de redflags à éviter. Ca ne marche pas, ça ne fait qu’entretenir et même renforcer le trauma.
Le plus terrifiant, c’est que les plus dangereux ne ressemblent pas à des monstres (ou presque). Ils ressemblent à des hommes confiants. Charismatiques. À l’aise. Des hommes qui “prennent les choses en main”.
Je vais me permettre de donner quelques conseils en plus, mais on ne connait vraiment une personne que lorsqu’elle est en état de vulnérabilité. Ou bien elle peut partager volontairement sa vulnérabilité, on bien on la découvre après coup, parfois après des mois de relation. Aujourd’hui, je suis en couple stable, mais si pour une raison ou une autre, la vie devait m’amener à être de nouveau célibataire et à chercher quelqu’un, je ne m’engagerais pas dans quoi que ce soit (même pas du « casual sex ») avec qui que ce soit dont je n’ai pu rencontrer les parts sensibles de la psyché. Sinon c’est trop facile, tout le monde se donne un air super au début. C’est pour moi quelque chose d’absolument non négociable, et généralement, je sais rapidement à qui j’ai affaire, avant d’avoir projeté des espoirs déraisonnables sur la personne. Mais je sais que beaucoup trouveront ça trop radical ou irréaliste, ou même « anti-romantique ». En ce qui me concerne en tout cas, entrer profondément en connexion de cœur à cœur avec quelqu’un que je découvre, car c’est bien de ça qu’il s’agit, me procure un plaisir et me fait vivre une exaltation qui peut toucher au sensuel, même lorsqu’on en est encore à un stade purement platonique.
La dernière crainte pourrait être de ne plus trouver personne, avec ce niveau d’exigence, mais justement, ça crée un filtre qui ne sélectionne que les personnes avec un certain degré de maturité émotionnelle. Et ces personnes là, elles-mêmes, vivent souvent une forme de rareté, et sont donc d’autant plus attirées. En réalité, c’est parfaitement gagnant, sauf bien sûr si le but est de « consommer » des relations le plus vite possible.
Ouf, ok, mais quand c’est trop c’est trop en fait Bruno!!! Et nous, malheureusement, on a été conditionnées à appeler ça : la sécurité.
La sécurité, c’est quand tu peux crier sur ton mec et vider tout ce que tu as sur ton cœur en sachant que jamais, au grand jamais il ne te violentera (ce qui ne veut pas dire qu’il faille nécessairement le faire). Et ceci même s’il te met deux têtes et cinquante kilos et que tu sais qu’il n’a pas peur de la violence dans d’autres contextes. C’est quand tu peux partager ta vulnérabilité en sachant qu’il ne va pas la réutiliser contre toi pendant un conflit. C’est quand tu sais que tu peux compter sur lui au moment où tu iras mal et que tu auras besoin de soutien. C’est quand tu vois qu’il fait ce qu’il dit et qu’il dit ce qu’il fait, et qu’il n’a pas des comportements impulsifs à la première difficulté. Le reste, c’est de la connerie, et il faut le dire ! Et il FAUT avoir ce niveau d’exigence. C’est parfait, ça crée une sélection sexuelle, quelque part. Si ce sont toujours ces profils d’hommes qui ont du succès, les autres finiront par faire comme ils ont toujours fait, ils s’adapteront, avec plus ou moins de résistances, mais ça se fera.
Alors qu’en réalité, parfois, c’est juste du pouvoir. Du contrôle. De l’emprise emballée dans de l’assurance masculine. Aujourd’hui, je n’ai plus envie de faire semblant
Parfait !
Oui, je suis fatiguée des hommes. Fatiguée de devoir expliquer l’empathie à des adultes. Fatiguée de devoir traduire ma douleur dans un langage acceptable pour l’ego masculin.
Aucun langage ne sera acceptable s’il ne veut pas entendre. Je le sais, je me suis épuisé moi aussi en traductions dans toute sorte de contextes. Si ça doit passer, même une forme imparfaite passe.
Et non, je ne suis pas parfaite. J’ai mes traumas. Mes débordements. Mes contradictions. Mes états d’âme. Mes troubles. Mais je regarde mes monstres en face. Je parle. Je m’excuse. Je me remets en question. Je propose/cherche des solutions. Et je mérite ce putain de retour.
Oui, tu le mérites. Tu le mérites et tu peux l’avoir. Pose des limites non-négociables là où c’est vraiment important, vise plus haut, et crois au processus. Ca prendra le temps que ça prendra. Si ça doit passer par une phase de célibat, ça passera par une phase de célibat. Ou par une expérimentation avec les femmes, pourquoi pas. Mon avis est que des schémas très similaires risquent de se reproduire, même avec des femmes, mais au moins ce sera une confirmation du fait que le problème général n’était pas spécifique à la gent masculine.
Être la maman de ton compagnon, refaire son éducation, panser ses plaies, ce n’est pas ta vocation. Et tout particulièrement si lui-même n’a pas le désir explicite de vivre ce processus et d’être soutenu dedans.
Beaucoup d’hommes, eux, que je connais et que j’ai connu, préfèrent ignorer la violence de ce qu’ils provoquent et regarder ailleurs, et/ou partir sans un mot (parce que quand tu poses tes limites, évidemment, au fur et à mesure, ben ça dérange). Heureusement quand même que le fait de m’exprimer + ces dernières années permette d’écourter les relations qui ne sont pas faites pour moi.
Voilà, ça c’est le filtre. Et bien c’est très bien, maintenant il faut intensifier. Ca se fera par épuration progressive, comme pour un chercheur d’or qui remue la vase de la rivière jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les quelques milligrammes d’or qui étaient présents depuis le début, mais invisibles jusque là. Et avec la persévérance et le coup de main, ça peut finir par faire un sacré paquet d’or !
Mais surtout, et c’est là que c’est le plus difficile, ça doit se faire sans cynisme. Il faut être intransigeante avec la toxicité, mais sans pour autant la créer là où elle n’est pas présente. C’est un travail de discernement.
Le bain de l'esprit putride, victime de la pollution humaine, dans "Le Voyage de Chihiro"
Tout ça là, j’ai vraiment besoin de le dénoncer MAINTENANT. (Et si tu veux le dénoncer aussi, vas-y!)
La forme entretient des divisions, mais le fond est parfaitement légitime. Peut-être qu’il y a simplement un temps pour dénoncer, et un temps pour réparer. Le tout est de ne pas s’identifier pour toujours à la personne qui dénonce.
Parce que je veux pouvoir vivre encore plus de vraies relations d’amour un maximum communicantes et durables, peu importe le genre. Et oui, parce que j’en connais quand même des gens un minimum conscients . (Et là, tu peu dire « not all men » avec moi en chœur si ça te fait plaisir.)
Oui. De toute façon si on ne croit plus en rien il n’y a plus de vie. Et mon expérience me montre que jusqu’ici, c’est toujours gagnant de croire en quelque chose, même quand parfois ça fait mal.
Second post
Honnêtement, je ne pensais pas que cette publication allait toucher autant de monde. Presque 400 000 vues… je crois que j’ai secoué le cocotier, là. Et vu les réactions, je pense surtout que ça a touché quelque chose de profondément sensible chez beaucoup de personnes. Je vois beaucoup de gens dire que je suis en colère, que je vais mal, que je suis extrême, violente, misandre, etc. Mais la vérité, c’est que je ne suis même plus en colère. Je ne l’étais déjà pas quand j’ai écrit ce texte.
Sans vouloir faire du gaslight, j’ai quand même l’impression d’en ressentir. Surtout lorsque le message était littéralement accompagné d’une photo du visage de l’autrice qui semblait pousser un cri de colère (enfin, c’est aussi la photo de profil, mais bon, ça raconte quelque chose). J’ai l’impression par ailleurs qu’il y a peut-être un état de sidération, voir d’épuisement, qui fait que si la colère est, je crois, toujours là, il est possible qu’elle soit fortement anesthésiée.
Je crois même que la colère m’a dépassée depuis longtemps. Là où j’en suis aujourd’hui, c’est plutôt un constat.
Vraiment, désolé mais si la colère n’était plus là, le message n’aurait pas cette forme et cette teneur. Ce serait peut-être un simple message donnant des conseils sur les relations et la communication, sans viser des catégories de personnes, sans chercher à dénoncer. Mais la colère n’est pas un problème en soi, c’est une émotion qui nous permet de regarder en face ce qui ne va pas et de s’auto-protéger.
Un constat tellement profond que, pour l’instant, je suis en sevrage d’hétérocisnormativité. Et ce qui me choque le plus, c’est de voir à quel point je suis loin d’être la seule femme à en arriver là.
Oui, il y en a pas mal. Le lesboféminisme est même basé là-dessus. Après, la tendance inverse existe aussi, même si c’est moins connu.
Et ça, au lieu d’être balayé d’un “vous détestez les hommes”, ça devrait peut-être interroger quelque chose de plus grand. Parce que je ne parle pas ici de “quelques hommes mauvais”. Je parle d’un système, d’un conditionnement, d’un héritage collectif vieux de siècles. Je parle d’un monde où les femmes ont été contrôlées, violentées, violées, infantilisées, sexualisées, réduites au silence pendant des générations entières. Et qui existe encore aujourd’hui.
Sans vouloir compter les points, littéralement tout le monde était violenté et a été traumatisé dans l’histoire. Certains et certaines plus que d’autres, sûrement, mais ça ne change rien au constat. Des générations entières d’hommes ont été massacrées sur les champs de bataille, entre autres. Sans nier la domination, il faut voir aussi le coût que ça peut avoir pour un homme « à l’ancienne » que de ne pas dominer. Sans compter que domination et protection peuvent assez facilement s’entremêler dans un mélange douteux et tragique, mais qui a, toujours, sa raison d’être. On va piller le village d’en face, ou le pays d’en face, pour protéger les siens, et notamment sa femme et ses enfants. Mais oui, effectivement, tout ça est systémique. Et même plus que ça, c’est existentiel. Nous nous vivons encore comme séparés les uns des autres, et au final, tout part de là.
Ce que j’ai l’impression de sentir aussi, c’est le poids d’arriver en bout de course de siècles de violences et de coercition, comme une charge des générations qu’il est nécessaire de porter sur ses épaules. Mais il n’est ni possible, ni nécessaire de porter autant. Ce poids ne pourra de toute façon être porté que collectivement. Pour l’individu, l’important est déjà de commencer par se sauver lui-même, ou plus exactement, de se laisser sauver.
Donc non, la misandrie n’est pas l’équivalent symétrique du sexisme subi par les femmes. Et ça ne veut pas dire que toute parole de femme est automatiquement juste. Ça ne veut pas dire que les hommes ne souffrent pas. Ça veut juste dire qu’on ne peut pas mettre sur le même plan ce qui est né d’une oppression systémique et historique avec autre chose.
Je crois surtout qu’à un endroit, déterminer si c’est symétrique ou pas n’a aucune importance. Une petite, une moyenne et une grande douleur, ce sont des douleurs. Certains problèmes sont typiquement genrés, oui, ça a du sens du coup de les présenter comme genrés. Maintenant, à quoi bon faire admettre au camp qui a pris trente coups de fouets que le camp d’en face en a pris soixante ? En quoi est-ce supposé aider ? Et surtout, ce n’est pas comme si la souffrance était uniformément répartie à l’intérieur d’un même camp. De nombreux autres facteurs que le genre ont une influence sur ce qui peut être vécu, et ce n’est pas les courants intersectionnels qui diraient le contraire, même si ça ne revient souvent selon moi qu’à nous diviser encore plus en tout autant de nouvelles cases au fond assez artificielles.
Souvent, ce que vous appelez “misandrie”, c’est surtout de la fatigue, de la peur, du dégoût parfois, une envie de distance, une perte immense de confiance.
Oui, et c’est pour ça qu’il est essentiel, dans le processus de réparation, de revenir à l’émotion brute, avant l’histoire que l’on a construit au fil du temps par-dessus, et peu importe d’ailleurs la pertinence de cette histoire. Une femme qui parle politique pour parler de sa souffrance, ça crée du débat. Ca crée des clans. Une femme qui parle simplement de sa souffrance, ça crée de la compassion. Ca ne veut pas dire qu’il ne faut rien politiser, qu’il ne faut pas chercher à mettre du sens sur ce qui est vécu. Mais ça veut dire qu’il y a peut-être quelque chose à aller vivre sur les deux plans. Et le plan politique sera activé avec d’autant plus de lucidité et de pouvoir performatif que le plan émotionnel aura été reconnu et traité.
Donc oui, je vois la souffrance, la fatigue, la peur, le dégoût. Je les vois et je les comprends, parce que je sais ce que c’est que de vivre le fait qu’un système qui nous dépasse est en train de nous broyer lentement et de nous retirer toute joie de vivre. Je sais ce que c’est que de se sentir seul et minoritaire à essayer de s’en sortir tout en gardant ne serait-ce qu’une lueur d’humanité dans un monde qui apparaît comme profondément hostile.
Le cauchemar individuel n’est qu’un écho du cauchemar collectif, et je me suis donné comme mission d’apaiser les songes. Parce que si, d’un coup, pour une raison mystérieuse, tout le monde sortait de son propre cauchemar, alors le monde, comme un tout, et presque instantanément, vivrait un Âge d’Or tel que nous n’en avons jamais connu. Cela ne demanderait pas de grandes luttes et de grandes solutions, simplement un accès global à la conscience, à la simple réalisation de notre unité fondamentale.
Et honnêtement, parfois j’hésite à supprimer cette publication. Et c’est aussi grave de réaliser ça. Parce qu’au fond, ça veut dire que j’ai peur de ce que j’ai osé dénoncer ici. J’ai peur des retours masculins que j’ai reçus, des hommes que j’ai dû bloquer ou signaler. Peur d’avoir dit trop fort quelque chose que beaucoup de femmes ressentent depuis très longtemps. Alors qu’en réalité, il n’y a rien de mal à dire ce qu’on porte au fond de soi.
C’est la problématique du cycle de la violence. Ce que l’on a subi nous contamine, et nous projetons à nouveau une partie de cette violence à l’extérieur. D’autres personnes se sentent du coup elles-mêmes attaquées, et le cycle continue. Il y a encore assez peu de temps, j’aurais réagi à ce genre de publications en voulant mettre en avant ma propre souffrance liée à ma propre condition masculine, pour « montrer l’envers du décor ». Ce faisant, j’aurais pris le rôle de la victime, sans m’être connecté vraiment, et aurais été un maillon de plus d’un cycle mortifère de bourreaux, de victimes et de sauveurs. Faut-il pour autant ne pas parler ? Non. Parler permet à d’autres personnes qui vivent la même chose de se sentir vues, et de sortir du syndrome de Stockholm, ou de la torpeur. Mais il est important aussi de réussir à se donner de l’empathie, ce qui amène par la suite à aller rencontrer l’empathie à l’extérieur. À ce moment là, le message peut s’exprimer, en évitant, autant que possible, de relancer dans le cycle la violence qui a été reçue. Sans quoi, l’on reste dans des mécanismes de survie, et les mécanismes de survie créent des guerres de clan, et en l’occurrence, dans cette situation, une guerre des sexes.
Du reste, ces posts sont loin d’être les plus violents que j’ai pu rencontrer, et la pulsion vitale reste sacrée, donc je préfère encore, à choisir, des femmes qui cherchent à survivre, plutôt que des femmes qui se laissent mourir, même si les deux situations me peinent profondément.
Donc non, je ne vais pas la supprimer. Je ne pense même pas détenir “la vérité”. Je rends juste à César ce qui appartient à César. Je fais un retour à l’envoyeur.
Et voilà le cycle dont je parlais. Le problème, c’est qu’aucun apaisement, aucune sortie réelle de la souffrance ne peut être trouvée dans ce cycle. La paix, c’est briser le cycle. Et la paix, je vais y venir, c’est mourir à soi-même, c'est-à-dire mourir à son passé, mourir à son histoire, mourir même à son ontologie. Et puis renaître. Il est absolument essentiel de renaître. Certains meurent mais ne renaissent jamais, ils ne souffrent plus vraiment, mais ne vivent plus vraiment non-plus. Ils sont parfois pris pour des sages. Cet état n’est pas idéal non-plus, loin de là.
Et ce que je balance, je me le balance aussi à moi-même. Parce que oui, je crois profondément qu’on porte tous et toutes du masculin et du féminin. Moi-même, je me sens autant homme que femme. Donc quand je parle du patriarcat, je parle aussi des parts en moi qui ont participé à ce système, qui s’y sont adaptées ou qui l’ont parfois reproduit malgré elles.
Oui. C’est pour cela qu’il n’y a pas de séparation réelle. Attaquer l’autre, c’est attaquer quelque chose en soi. Par exemple, attaquer la fragilité masculine, c’est attaquer un peu sa propre fragilité. Celle qui n’est pas fragile, c’est la guerrière. Et personne ne va protéger une guerrière puisqu’une guerrière est forte et ne sert, littéralement, qu’à protéger les autres. Sans s’en rendre compte, l’on adopte progressivement le rôle qui va nous empêcher durablement de sortir du cycle, avec les meilleures intentions du monde. Paradoxalement, l’on commence à sortir du cycle en réalisant que l’on n’est pas capable d’en sortir, que l’on est prisonniers du système comme les autres, et que seul quelque chose d’extérieur à nous peut nous y aider. C’est un lâcher-prise, un abandon. C’est, comme je le disais, mourir à soi-même. En retirant notre armure, en dévoilant notre vulnérabilité, quelque chose alors peut venir nous toucher dans ce que nous avons à la fois de plus sensible et de plus beau. L’aide alors arrive, et la clarté se fait. L’action devient juste, elle ne renforce plus le cycle, elle y met un terme, sans violence, mais par résonnance.
"Quand je décide de voir le bon côté des choses, je ne suis pas naïf. C'est stratégique et nécessaire. C'est comme ça que j'ai appris à traverser toutes les épreuves. Je sais que tu te vois comme une battante. Et bien, je me vois de la même façon. C'est comme ça que je me bats... La seule chose que je sais, c'est que nous devons être gentils. S'il te plaît, soit gentille. Tout particulièrement quand nous ne comprenons pas ce qui se passe."
Waymong Wang - Everything Everywhere All At Once
Je ne me victimise même plus. Je relate. J’observe. Et si autant de personnes se sentent remuées par cette publication, peut-être qu’il y a à comprendre ensemble que ce n’est pas juste à cause de moi.
Bien sûr que non. Cette publication n’est qu’une nouvelle manifestation d’un jeu qui s’est déjà rejoué un nombre incalculable de fois et qui se rejouera encore, dans un drame sans cesse renouvelé. Mais peut-être que pour une fois, nous pouvons donner à cette scène une conclusion heureuse.
Arrivé à ce stade, l’article me semble se suffire à lui-même. Au gré des réactions aux différents éléments des messages, tout ce que j’avais à dire a finalement déjà été dit. Oui, ce sera la conclusion :
Nous sommes libres de choisir la suite de l’histoire.
